UNE MESSALINE

Une messaline

Viens, cher amant, dans ma chambrette ;
Je veux couronner tes désirs.
Que pour nous cette humble couchette
Serve de trône aux vrais plaisirs…
Déjà ta main curieuse et subtile
Embrase mes sens agités,
Et le séjour des pures voluptés
S'entrouvre sous ton doigt agile !

Quelle ardeur !
En mon cœur,
Quel délice
Soudaine se glisse !
Je me pâme,
Jusqu'à l'âme
Je sens pénétrer le bonheur !

Quittons l'importune parure
Qui voile les secrets appas ;
Dans l'état de simple nature,
Livrons-nous les plus doux combats ;
Pour te guider où le plaisir habite,
Ma main t'accorde son secours…
Sans hésiter, au carquois des amours
Que ta flèche se précipite !


Quelle ardeur !
En mon cœur,
Quel délice
Soudaine se glisse !
Je me pâme,
Jusqu'à l'âme
Je sens pénétrer le bonheur !

Offrons un double sacrifice
Au plus puissant de tous les dieux,
Et sans quitter l'ardente lice,
Redoublons nos chocs amoureux.
De ces flacons qu'entre mes doigts je presse,
J'attends le baume souverain !
Avec effort fais jaillir en mon sein
Le nectar, le trouble et l'ivresse…

Quelle ardeur !
En mon cœur,
Quel délice
Soudaine se glisse !
Je me pâme,
Jusqu'à l'âme
Je sens pénétrer le bonheur !

Je veux, moderne Messaline,
Te frayer des chemins nouveaux ;
Pour le séjour qui l'avoisine,
Laisse le temple de Paphos ;
En savourant une faveur si grande,
Fuis bientôt ces lieux inconnus,
Quitte Sodome, et rapporte à Vénus
Et ton hommage et ton offrande…

Quelle ardeur !
En mon cœur,
Quel délice
Soudaine se glisse !
Je me pâme,
Jusqu'à l'âme
Je sens pénétrer le bonheur !

Ranime tes forces mourantes !
L'amour nous offre un jeu nouveau ;
Viens, entre mes lèvres brûlantes,
Je veux rallumer ton flambeau !
Prends à mes pieds l'attitude contraire,
Que tes doigts ouvrent le parvis,
Et que ta langue au temple de Cypris
Pénètre jusqu'au sanctuaire…

Quelle ardeur !
En mon cœur,
Quel délice
Soudaine se glisse !
Je me pâme,
Jusqu'à l'âme
Je sens pénétrer le bonheur !

Pour finir la lutte amoureuse,
Doublons nos baisers, nos efforts !
Qu'une pose voluptueuse
Seconde nos lascifs transports !
Sacrifions nos dernières ressources !
Semblables aux torrents de feux,
De nos deux corps que les sucs précieux
Sortent à grands flots de leurs sources ! ! !

Quelle ardeur !
En mon cœur,
Quel délice
Soudaine se glisse !
Je me pâme,
Jusqu'à l'âme
Je sens pénétrer le bonheur !



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