Des morpions l'armée entière
Frémit, et, baissant sa visière,
Un capitaine courageux
Brandit son dard, d'un bras nerveux.
Homère, prête-moi ta lyre,
Que noblement je puisse dire
Les combats de ces nobles preux
Les grands coups de ces valeureux !
Des deux cotés ont fait silence.
Le pou provocateur s'avance ;
Le morpion reçoit son choc,
Et frappe de taille et d'estoc.
Transpercé, malgré sa cuirasse
Faite d'une écaille de crasse,
Le capitaine morpion
Est tombé mort au fond du con.
Pleurant ce brave capitaine,
Les morpions, le cœur en peine,
Sur le vagin firent serment
De lui construire un monument.
On voulait dans ce mausolée
Mettre sa dépouille sacrée,
Mais on ne trouva plus son corps…
L'abîme ne rend pas les morts !
Sur ce superbe cénotaphe
On fit graver cette épitaphe :
« Ci gît un morpion de cœur,
Mort vaillamment au champ d'honneur. »
Depuis ce temps, dans la vallée
On voit, par la nuit étoilée,
Errer un fantôme tout nu,
A cheval sur un poil du cul !
Théophile Gautier |