MARGOT

MARGOT

Qu'un rayon de soleil l'immerge,
Et sa chevelure, aux tons roux,
Luit sous ses reflets chauds et doux,
Comme une auréole de vierge.

Filles maigres comme des clous,
Troussez-moi la jupe de serge
De cette servante d'auberge,
Que Dieu fit pour ramer des choux !

Ah ! Marco, Mimi, Marguerite !
Types malsains, vieillis si vite,
Si l'ogre du vice flairait
Un jour ce régal de chair fraîche,
Comme, du haut de sa calèche,
Margot vous éclabousserait !

Paul Rubens eut, en vérité,
Pétri sa gorge ferme et blanche,
Qui se révolte avec fierté
Sous la chemise du dimanche.


Il eut arrondi cette hanche,
Et peint, dans sa large beauté,
Cette nature riche et franche,
Pleine de vie et de santé.

Et quand je songe à ces drolesses
Où nous choisissons nos maîtresses,
Qui se font la gorge et le teint,

Je me dis qu'il est grand dommage
De laisser honnête au village
Une si splendide catin !

Car enfin, s'il est dans l'époque
Quelque chose de repoussant,
C'est ce vice crachant le sang,
Qui vous attriste et qui vous choque ;

Ce sont ces filles qu'on évoque
Dans le théatre d'à-présent,
Dont le repentir équivoque
Croit vous attendrir en toussant.

Rien de jeune et de chaud qui fasse
Pas sa grandeur et son audace
Tressailler les cœurs de vingt ans !

Laissons la phthisie aux hospices !
•  Nous, jour-du-ciel, ayons des vices,
Mais superbes et triomphants

Amédée Rolland



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