« Mais, je voudrais bien, me dit-elle,
Voir votre pièce manœuvrer.
Je cède au désir de la belle,
Et je me mets à la bourrer.
A décharger enfin je me décide…
La pauvre enfant tenait encore le bout…
Plaignez l'artilleur invalide,
Qui ne peut plus tirer son coup !
« A Dresde, chargeant à mitraille,
Nous tirions à coups rabattus,
Nous changions le champ de bataille,
De combattants en combattus.
Mais le succès fut un éclair rapide,
Car je perdis un beau membre à Moscou !
Plaignez l'artilleur invalide,
Qui ne peut plus tirer son coup !
« Le jour où les aigles françaises
Au nombre, enfin, durent céder,
On vit les capotes anglaises
Devant nos corps se débander.
Mais que pouvait un courage intrépide ?
La trahison avait amolli tout…
Plaignez l'artilleur invalide,
Qui ne peut plus tirer son coup !
« Il faut te quitter, chaude terre,
Beau sol où longtemps j'ai dormi,
Pour harceler sur le derrière
Et poursuivre un seul ennemi :
C'est le Prussien ! Ah ! Ce peuple perfide
Ne me causa jamais que du dégoût !
Plaignez l'artilleur invalide,
Qui ne peut plus tirer son coup !
Dans sa mémoire trop fidèle,
Il voit, brillant sur son affût,
Un canon : cela lui rappelle
Non ce qu'il est, mais ce qu'il faut.
La bourre échappe à la main qui la guide,
La poudre manque, et la mèche est à bout
Plaignez l'artilleur invalide,
Qui ne peut plus tirer son coup !
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