Ton nom, c'est Lucrèce, dis tu,
Et tu travailles dans les modes :
Je m'en doutais, car la vertu
Est parmi vous des plus commodes.
A la chaleur de nos amours,
Me voilà sur, ma bergerette,
De ta fidélité parfaite…
Ca pourra bien aller huit jours.
Dieu ! Que c'est gentil, la grisette !
Vainement, d'un ton séducteur,
De plaisirs tu te dis avide :
Moi, je suis gueux comme un auteur ;
Le coin de ton mouchoir est vide ;
Mais, comme il serait peu galant
Que la noce, dis-tu, poulette,
Finit sans un coup de fourchette,
Tu veux mettre ton châle en plan.
Dieu ! Que c'est gentil, la grisette !
Toi qui possèdes plus d'appas
Que vingt marquises à panaches,
A tes amants tu ne vends pas
Les trésors que ton fichu cache.
Avec de tes sœurs j'ai vécu,
Je sais le prix de ta couchette ;
J'en serai quitte pour l'emplette
D'un anneau d'un petit écu.
Dieu ! Que c'est gentil, la grisette !
Si tant d'amour dure, bientôt
Nous aurons changé, je parie,
Et ta pelisse et mon manteau,
En cachets du bal d'Idalie ;
Puis enfin nous regagnerons,
Toi, ton magasin de toilette,
Moi, mon entresol de poète,
Quand nous aurons croqué nos fonds.
Dieu ! Que c'est gentil, la grisette !
C'est égal, dans ton œil vainqueur,
La volupté brille et respire ;
Tes petites lèvres en cœur
Font naître incendie et délire.
Près d'une belle sans désirs,
Parfois la nature est muette,
Tandis qu'avec toi, ma brunette,
On meurt, on remeurt de plaisir !
Dieu ! Que c'est gentil, la grisette ! |
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