Moins qu'à Paris, les maris,
D'être joués marris,
Dans l'enfer seront mornes :
Comment, tout nus, les cocus
Seraient-ils reconnus ?
Les diables ont des cornes !
Le paradis, je le dis,
Ne sera qu'un taudis
Près de nos lieux profanes :
Esprits brillants, beaux talents,
Vous serez nos chalands ;
Le ciel est pour les ânes !
Par des ballets, des couplets,
Nous enchanterons les
Phalanges infernales.
Procession, station,
Nous plairaient, dans Sion,
Moins que nos bacchanales.
Tout l'Opéra y sera,
Chantera, dansera ;
Chacun jouera son rôle.
Avec Adam et Satan,
Paul et le Grand Sultan
Feront la cabriole.
Pellegrini, Spontini,
Galli, Catalani,
Chantant la même gamme,
Au brûlant nid, noms en i,
Pour votre art infini,
Nous serons tous de flamme.
Vos divins airs, vos concerts
Rempliront les enfers
De douces harmonies ;
Tandis qu'au ciel, Gabriel
Fait bailler l'Eternel
Avec ses litanies.
Les saints là haut, sans réchaud,
Ne mangent jamais chaud :
Voyez leurs tristes mines.
Plus fortunés, les damnés
Mettront, pour leurs dînés,
Tout l'enfer en cuisine !
Jamais aigris ni maigris,
Nous boirons, toujours gris,
A la santé des braves ;
Laissant prier, s'ennuyer
Les saints dans leur grenier,
Nous rirons dans nos caves.
Sans médecins, toujours sains,
Narguant des assassins
Les noires ribambelles ;
Pleins de gaîté, de santé,
A notre éternité,
Nous trouverons des ailes.
Vive l'enfer où nous irons !
Venez, filles
Gentilles,
Nous chanterons,
Boirons, rirons,
Et, toujours lurons,
Nous serons
Ronds !
E. De Pradel. |
|