Pour bannir l'ennui
Qu'occasionnent les affaires,
Comptant peu sur lui,
Sa femme avait des secrétaires,
Et maint administré,
Entre tous préféré,
Prédisant le moment prospère
Où notre maire serait père,
Allait et venait
Dans son p'tit cabinet.
Or, ce cabinet
A deux fins servait à la dame :
Chacun y venait
Prendre son lait, ou prendre femme ;
A la fois régalant
Et chaland et galant,
Quand derrière entrait la pratique,
Par devant s'ouvrait la boutique,
Pour quiconq' venait
Dans son p'tit cabinet.
Tous voulaient la voir :
Vraiment, la tache était trop forte !
Du matin au soir,
Elle avait la queue à sa porte.
Mais maint petit cadeau
Allégeait le fardeau :
Bourse pleine, on entrait chez elle ;
Bourse vide, on quittait la belle ;
On se ruinait
Dans son p'tit cabinet.
Touchant les plus doux,
Ebranlant les plus irritables,
Plaideurs en courroux
Chez elle devenaient traitables ;
Car malgré leur raideur,
La belle, avec ardeur,
Tour à tour prenant les parties,
Les avait bientôt amollies.
Heureux qui venait
Dans son p'tit cabinet !
Aussi, chapeau bas,
Tout le monde abordait la belle ;
Abbés et prélats
Entraient décalottés chez elle ;
Toujours notre curé
Chez elle était fourré,
Et quittant prône et sacristie,
Montait en chaire à la mairie !
Puis se démenait
Dans son p'tit cabinet.
Auguste Jolly |
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