LE COCU A LA COURSE

LE COCU A LA COURSE

O Cupidon ! Daigne inspirer ma muse :
Je vais chanter l'amour en un sapin ;
Car, comme ailleurs, dans un fiacre on s'amuse :
Dans le cahot naquit le genre humain.
C'était le jour des amours impudiques,
C'était dimanche, en revenant du bal ;
On s'amusait, et les danses lubriques
Se terminaient par un galop final.

Moi, pauvre hère à l'épaisse chaussure,
J'allais à pied, comme le Juif-Errant ;
Car si parfois on me voit en voiture,
C'est par derrière, où je monte en courant.
Je marchais donc, en regardant la lune,
Pour oublier la fatigue et l'ennui,
Quand, o bonheur ! Le char de la Fortune
A mon oreille a soudain retenti.
C'était un fiacre au fougueux attelage
Qui, ventre à terre, arpentait le pavé,
Et près de moi passait, comme un nuage…
En un instant je l'eus escaladé.
Je marmottais humblement ma prière,
Pour arriver sans encombre à bon port.
Tout en guettant la maudite lanière
Qui tant de fois me fit payer le port.
Quand tout à coup, la mouvante carcasse
Se balança d'une étrange façon ;
Un cran de plus, je volais dans l'espace
Je m'accrochai, par bonheur, et tins bon…


En reprenant ma posture première,
Je voulu voir l'auteur du mouvement ;
Je regardai par le trou de derrière…
Ah ! Laissez-moi respirer un moment.

O Cupidon ! Puissant dieu que j'implore,
Il m'eut fallu plutôt fermer les yeux !
De mon malheur je douterais encore
Et je pourrais couler des jours heureux…
Mais reprenons cette histoire tragique.
Dans le sapin je plongeai mon regard,
Et j'aperçus un fessier magnifique,
Qu'il me semblait avoir vu quelque part…

Je le voyais, si crâne en sa posture,
A tour de reins témoigner son ardeur !
Un gros coquin, tout gonflé de luxure,
Bibitte en main, perforait sa pudeur.

En un instant, comme un accès de rage,
La volupté me pénètre soudain.
Mon trépignoir trépignait dans sa cage :
Pour l'apaiser, je n'avais qu'une main…
Je m'en servis, pour écumer sa bile.
Veuve Poignet, sans vous, qu'aurais-je fait ?
Mais avec vous c'était chose facile,
Je m'y connais : Suzon me l'apprenait ;
Et cependant, malgré mon habitude,
J'allais toujours, et je n'arrivais pas.
Me faudra-t-il en rester au prélude ?
Dis-je, en battant la charge à tour de bras.
C'était du feu qui coulait dans mes veines.
Notre cocher, sans vergogne et sans fard,
Sur ses coursiers laissait flotter les renes,
Et des deux mains se polluait le dard.
Vous eussiez dit l'électrique machine,
Car nos coursiers, par l'odeur excités,
Au grand galop se bahutaient la pine,
Et tour à tour inondaient les pavés.

Ce fut alors une étrange cohue,
Des hurlements à réveiller les morts,
Et les passants supposaient de la rue
Les coups de cul qui rompaient les ressorts.
Mon seul désir était de voir en face
Cette beauté si lubrique, et jamais,
Pour le ruban, n'eusse donné ma place…
Fatalité, voilà bien de tes traits !
Le sacripant, pour redoubler la dose,
Avait changé de place, et cette fois,
De mes deux yeux, hélas ! Je vis la chose,
Tout aussi bien qu'aujourd'hui je vous vois.
C'était ma femme, au retour d'un voyage,
Et qui devait n'arriver que demain…
Elle venait consoler mon veuvage,
Et pour cela se graissait le vagin.
Je fus tout près de me mettre en colère,
Mais je songeai que, pour me consoler,
L'autorité pourrait me faire taire,
En m'invitant, dard, dard, à circuler.
Le plus prudent était, je crois, d'en rire :
En pareil cas, un mari se tient coi.
Je m'en allai me coucher sans rien dire,
Et vous engage à faire comme moi.



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